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Cesar Millan, la maltraitance vedettariatisée

Le très médiatique Cesar Millan, un des dresseurs US qui se dit « Dog Whisperer » « homme qui murmure aux chiens », derrière l’inventeur du terme, Paul Owens, n’est à mes yeux rien de plus qu’un quasi-amateur mal dégrossi. Courageux, inconscient même, mais techniquement moyenâgeux. Pourtant, ses pratiques obsolètes sont approuvées par 75 % des Américains interrogés. Malheureusement, la violence, même dispensable, séduira toujours des foules peu exigeantes, faciles à bluffer.

Je précise que je me définis comme un vrai dresseur – les zozos me l’ont assez reproché, heureusement qu’ils ne sont pas nombreux – qui s’appuie sur une énorme expérience.

Donc, contrairement à tous les autres détracteurs de ce monsieur, je m’inscris dans la tradition à laquelle il se réfère, pas dans la ligne des comportementalistes, adeptes d’apprentissages interminables et de médications.

Je précise que, à ma grande honte, j’ai autrefois pratiqué au moins aussi mal que lui. Et avec plus de force, vu que je volume au moins le double de Millan.

Un jour, j’ai décidé de commencer à réfléchir. Lui, visiblement, n’est pas arrivé à ce stade. A-t-il d’ailleurs les moyens intellectuels d’y parvenir ? C’est dommage, parce que sur de nombreux autres points il dit juste.

Comme l’a écrit sur amazon.co.uk une de mes lectrices anglaises « Hasbrouck ne fait pas de prisonniers ». Je ne suis pas un être mièvre, je ne me berce ni de baratin ni de jargon.

Quand il faut monter au combat, je n’hésite jamais. Quitte à perdre souvent quelque sang. Mais il faut vraiment que le chien m’ait d’abord attaqué sans provocation, et que les problèmes précédents qu’il a présentés, avant d’arriver chez moi, l’aient conduit au bord de l’euthanasie. J’évite les provocations, y compris celles du chien; Millan, lui, agresse le chien !

Au cours de ma période de cavalier, j’avais au moins appris un point essentiel : « quand le cheval cède, on cède » ! César Millan n’a pas du tout intégré ce principe parfait, au vu de cette video atterrante, montée à partir d’extraits des six années de la série TV The Dog Whisperer, de National Geographic Wild, et visible sur YouTube : http://www.youtube.com/watch?v=RFCGtatpCwI&feature=related.

« Dès l’âge de 13 ans » a-t-il dit un jour « je n’ai jamais voulu être autre chose que le meilleur dresseur de chiens du monde, en appuyant sur trois principes : l’honnêteté, l’intégrité,et la loyauté. J’enseigne aux propriétaires à bien traiter leurs chiens ». Alors, au minimum, cet homme schizo possède deux personnalités.

Il démontre sa technique du coup de pied, de pointe ou de talon, pour régler les problèmes d’agressivité chez les chiens : tenant le chien de très court, pendu au bout d’un noeud coulant, et quelquefois porteur d’une muselière épouvantable, ce manchon serré de nylon peu coûteux, bas de gamme, qui empêche le chien de respirer.

Pour se dédouaner, il explique : «il ne faut pas donner un coup de pied, juste un contact ferme». Or, ce que je vois sur la vidéo, ce sont de véritables coups de pieds. Ce roitelet est nu !

À la 17ème seconde, l’avertissement en blanc sur fond rouge est très clair : « Ne pratiquez pas ces techniques vous-même sans consulter un professionnel ».

Voilà de quoi faire douter le grand public sur les compétences des professionnels. Il faut dire que ce terme recouvre n’importe quoi.

À la 18ème seconde, le chien semble porter un collier de correction électrique, et un double collier rouge autour du cou, dont l’un très haut, au ras du crâne. Bizarre.

A la 50ème seconde, Millan semble tenir à la main une matraque électrique – je n’en suis pas certain, mais l’attitude du chien indique que cet animal n’a pas envie de s’en approcher.

Déjà, cela me laisse dubitatif quant à la la compétence de ce personnage.

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À 1 minute 22, il frappe lui-même le pinscher, pour le provoquer, et ensuite lui donner des coups de pied de face, sur l’abdomen.

A 4 minutes 10, il entrouvre la porte d’un chenil, et envoie un coup de talon sur le flanc du chien qui veut passer devant lui.

À 2 minutes 11, il tombe enfin sur un malamute noble et fier, qui contre-attaque à la suite du coup de pied.

Du coup, Millan constitue un noeud coulant avec lequel il empêche le chien de respirer.

À 3 minutes 40, il envoie un coup de talon vicieux sur le pauvre chien muselé qui se contente de regarder d’un air interrogateur.

À 3 minutes 50, juchés sur des rollers, il envoie un coup de pied de pointe sur le flanc du berger allemand, avec lequel il s’amusait jusque-là à se faire tracter sur ses roulettes.

À 4 minutes 45, on voit ce pauvre malamute porteur d’un collier à pointes !

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À 3 minutes 47, son coup de talon est tellement fort sur l’espèce de lévrier que le chien quasiment explose sur le côté.

À 4 minutes 52, il balance un coup de pied – déchaussé, quand même – dans le ventre du bouledogue américain, mais en ayant pris le soin de placer un tampon contre la gueule du

chien – lequel nous faisait strictement rien pour mériter un tel traitement – pour détourner la colère du chien vers ce tampon, et pas vers Millan.

Il explique alors que ce comportement de sa part est basé sur la psychologie du chien ! Ce n’est basé que sur le vieux truc des dompteurs de cirque, qui se protègent des tigres mécontents avec un tabouret. Avec certains chiens expérimentés, cela fonctionnerait beaucoup moins bien…

À 5 minutes 27, il est confronté à nouveau avec un chien qui ne se laisse pas impressionner. Là, Millan ne fait pas le malin, il recule. Où est la fameuse dominance dont il parle sans arrêt ?

Pourtant, à l’évidence, ce jeune dogue allemand n’est pas du tout agressif, il se contente d’aboyer.

Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent contre les méthodes de ce dresseur à l’ancienne. Et je me joins à ceux qui voient en lui, non pas le meilleur éducateur canin au monde, mais « la pire chose qui soit arrivée au chien».

César Millan peut bien parader autant qu’il le veut, à mes yeux ce n’est qu’un sauvage, la honte de notre profession. Je voudrais bien le voir face à des chiens extrêmement dangereux, comme j’en ai récupéré souvent. Un coup du talon droit dans le flanc, et le chien lui déchiquetterait la jambe !